25.03.2008
The world who sold the men
Il est un pays où les immenses montagnes concurrencent les nuages, il est un pays où la neige recouvre les sommets d’où émergent parfois quelques temples voués à la paix, il est un pays où le silence était autrefois gage de sagesse. Aujourd’hui, le silence est dans ce pays synonyme de répression. Voilà cinquante sept ans que ce pays vit sous l’occupation chinoise, sans que la communauté internationale ne lève le petit doigt. Aujourd’hui, ce peuple brimé s’est levé, et son désir de liberté a rencontré sur son chemin chars, armes, et violence, autant de réponses chinoises à la révolte tibétaine.

Lhassa, Tibet, 10 mars 2008, anniversaire du soulèvement de 1959 contre le régime chinois. Bonzes et tibétains se regroupent dans la capitale du Tibet pour effectuer ce qu’il semblait être une marche pacifique contre l’occupation chinoise et qui a dégénéré _ avant ou après la répression policière ? nul n’est en mesure de le savoir _ en attaques violentes sur les commerces et les habitants non-tibétains de la ville. Cependant, les faits ayant été rapporté officiellement par l’empire chinois, il est nécessaire de les relativiser, le pays étant fermé aux journalistes, sur ordre du gouvernement chinois. De ce fait, les informations sont succinctes et invérifiables. Il semblerait cependant que la capitale tibétaine soit sous couvre-feu et que la répression policière et militaire soit toujours à l’ordre du jour, du fait de la résistance de quelques dissidents tibétains qui refusent de se rendre aux autorités chinoises. La ville est sous silence, coupée du monde.
Impossible également de savoir exactement quelles ont été les conséquences humaines de la violente répression chinoise. Pékin fait état de dix-neuf morts dont dix-huit civils innocents. Qu’en est-il du civil non-innocent ? En parallèle, le gouvernement tibétain en exil en Inde depuis 1959, avance le chiffre de cent trente morts confirmés, un chiffre bien loin du bilan officiel chinois. Bilan officiel chinois, qui, quant à lui, annonce « 241 policiers blessés, dont 23 grièvement, et 382 civils blessés, dont 58 grièvement, soit un total de 623 blessés, dont 81 grièvement ». Notons que les rapports mettent l’accent sur le bilan policier, probablement de façon à souligner la violence qu’ils imputent aux dissidents tibétains…
Bien entendu, la communauté internationale, ne pouvant fermer les yeux devant la gravité des faits, exhorte le gouvernement chinois à stopper la répression au Tibet. Mais Pékin s’entête à « écraser fermement le complot antichinois », dont il a vraisemblablement peur qu’il s’étende. Le Quotidien du peuple, organe du gouvernement chinois, affirme que «La Chine doit fermement réprimer la conspiration visant au sabotage et écraser les forces tibétaines d'indépendance», et justifie les actes de l’armée chinoise en précisant que le Dalaï Lama n’est qu’un « hypocrite, qui trompe le monde avec son discours non violent et ses propositions de dialogue ». A croire que c’est « lui qui a commencé ». D’ailleurs, le Dalaï Lama et sa « clique » seraient à l’origine du soulèvement tibétain de Lhassa, selon le représentant papier du gouvernement chinois. De son côté, le Dalaï Lama, indifférent aux attaques, continue de demander ardemment à Pékin d’accepter de discuter avec le gouvernement tibétain en exil. Mais la Chine ne semble pas disposée à se laisser déborder, ni par les résistants tibétains, ni par l’opinion internationale, et maintient la répression, en dépit des tensions et de la polémique qui enfle au sujet des prochains Jeux Olympiques.
Boycott de la cérémonie d’ouverture, boycott des jeux, sanctions morales de la part de la communauté internationale, aucun pays, aucun gouvernement ne semble capable de prendre des mesures officielles ; en outre « L'Union [Européenne] semble en proie à de nettes divisions internes quant au degré de fermeté du message à adresser à Pékin. ». La question se pose de savoir si la dignité humaine nous permet d’assister et de participer à des jeux qui se jouent sous l’auspice de la terreur et de la dictature, alors même que la Chine avait assuré qu’elle accorderait une importance primordiale aux droits de l’Homme en vue des Jeux Olympiques ? Car le monde semble oublier que la Chine communiste reste le plus grand état autoritaire du monde, que la liberté n’est encore qu’une notion et non une norme dans ce pays. Bien sûr, la Chine, la puissante Chine qui prétend régner sur l’économie mondiale, la puissante Chine dont l’incommensurable armée menace ceux qui s’opposent à elle, la puissante Chine fait peur, elle menace le petit train-train des occidentaux et leur société de consommation. La Chine terrorise. Voilà pourquoi seuls les intellectuels semblent les seuls à se révolter contre l’intolérable répression chinoise au Tibet. Néanmoins, nous oublions un peu trop facilement que les jeux olympiques de Moscou ont été boycottés dans les années 1970, alors que le monde était sous la menace permanente de la Guerre Froide.
Cette absence de réaction signifie-t-elle que les intérêts économiques passent avant la vie humaine ? Remettons-nous en question la valeur de la vie des Tibétains pour conserver le confort de notre petite vie d’occidentaux matérialistes ? Apparemment oui, le monde préfère taire ses protestations et vendre les tibétains au profit d’une consommation et d’une paix officielle assurées. La Russie, de même qu’une centaine d’autres pays, aurait même assuré le gouvernement chinois de son soutien quant à la politique à mener au Tibet. Des décisions formelles, officielles, qui assurent à la Chine la présence de différents pays aux Jeux, font face aux manifestations contre la répression au Tibet ; comme au Népal, où la protestation a été matée à coup de gaz lacrymogène et d’arrestations. En Chine, un chinois qui militait contre la répression au Tibet, avait fait diffuser une lettre ouverte sous le slogan «Nous voulons les droits de l'Homme, pas des jeux Olympiques ». Cet homme a été condamné à cinq ans de prison par les autorités chinoises. Et au premier ministre chinois de déclarer : « Ces soi-disant accusations selon lesquelles la Chine arrête les dissidents avant les Jeux olympiques sont fausses ».
Fanny B.
18:51 Publié dans A la Une, Monde, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


