20.02.2008

Sport cérébral

 

Vous souvenez-vous de ces heures insoutenables passées à compter minutieusement les gouttes d’eau qui tombaient du plafond, pendant qu’un allumé emmitouflé dans un survêtement orange fluorescent hurlait à vos camarades de continuer leur course effrénée qui consistait à lamentablement galoper en cercle à l’intérieur d’un gymnase glacé aux allures insalubres ? Ou peut-être subissez-vous toujours cette infamie, en tentant de passer outre le traumatisme que vous endurez depuis des années (et en attendant avec impatience d‘être à la fac ou ailleurs afin d‘inhumer définitivement ces moments douloureux)?

(il reste une dernière option : si vous vous trouvez dans le cas de figure précis des doux dingues qui suivent - ou suivaient - avec une attention toute particulière et beaucoup d’entrain les indications de l’allumé en question - ou pis, si vous êtes l‘allumé en question, il vous est fortement recommandé de ne pas lire la suite)

 

Bienvenue à vous !

 

Innocent, vous êtes tout d’abord venu parce que ces deux heures (une seule ne suffit pas…) figuraient sur votre emploi du temps. Déjà, plusieurs choix s’offrent à vous : ces heures ont été placées entre deux cours de la journée, et vous avez alors de la chance puisqu’elles ne la perturbe pas dans son ensemble. Second choix : le soir, les deux ultimes heures de la journée, vous rentrerez bientôt chez vous et le cauchemar s‘achèvera. Le meilleur pour la fin : les deux premières heures du matin. 7h55 : il n’est même pas encore tout à fait huit heures et la sonnerie vous rappelle par son cri strident que l’Enfer - avec une majuscule (à valeur emphatique…) - vous attend. Ce dernier commence par les vestiaires, qu’ils soient surchauffés ou au contraire qu’ils ressemblent à l’intérieur d’un camion frigorifique, ils sont toujours repoussants. Les mieux lotis trouveront des bancs, les autres devront se contenter de vulgaires crochets ; quoi qu’il en soit, la pollution visuelle engendrée par les innombrables graffitis hideux égayera pour tous ces quelques minutes ouvrant le bal…

Vous vous êtes changé (autrement dit, vous avez revêtit comme les autres un affreux survêtement censé être confortable, dans la même veine fluorescente que celui du tortionnaire qui vous fait cours, et qui vous attend, un sifflet rouillé à la main droite). Ça y est… vous y êtes (et oui, l’Enfer se révèle être pour vous un terrain de basket). Vous n’échapperez pas à la procédure habituelle, quasi-officielle : les fameux échauffements. Il va falloir courir, courir, courir et encore courir en soupirant, et en cercle s’il vous plait. Pour vous évader, vous pouvez regarder le plafond ; ainsi, vous apprendrez vite qu’il en existe de différents types et de différents styles et vous deviendrez rapidement incollable sur le sujet : les plus rares sont ornés d’étranges tuyaux, d’autres ne présentent rien de particulier si ce n’est le maigre avantage d’être de couleur criarde, un élément vaguement intéressant au beau milieu de la plus pure incarnation de l’ennui ; enfin, les plus rares sont ceux où le béton fait place par endroits à une sorte de verrière, une fenêtre sur la liberté inestimable que représente le ciel en ce moment précis.

Une fois l’échauffement achevé, les choses deviennent sérieuses et protocolaires : il faut se procurer un ballon. Suivent alors toutes sortes d’ « exercices » censés « améliorer » la manière de dribler, de faire des passes et de marquer un panier (encore faut il savoir de quel côté et dans quel panier il faut marquer…). Ces minutes vous paraîtrons certainement insoutenables, d’autant plus que certains gymnases sont équipés d’un cadran géant affichant l’heure, visible depuis n’importe quel endroit de ce terrible lieu, dans l’unique but de vous rappeler à quel point le temps peut s’écouler lentement, quelquefois. L’expression « les minutes semblent être des heures » prendra ici tout son sens, et deviendra une réalité soudaine. En cet instant, figé sur les bords du terrain délimité par des plots coniques dont la couleur fait sérieusement concurrence à celle des survêtements de l’allumé, vous contemplez les dizaines des balles qui bondissent malencontreusement en tous sens dans le chaos le plus total, telles une pluie de météorites qui virevolteraient à tort et à travers d’un espace clos et trop petit pour toutes les contenir, tout en sachant que l’une d’entre elles est susceptible de vous atteindre à tout moment et de vous blessez dangereusement. Plus que quarante-trois minutes. Vous ne cessez de compter… C’est dans de tels moments que vous réalisez toute la beauté de l’existence : vous pourriez être dehors, gambader librement, hurler à tout va que vous êtes en vie et faire un tas de choses magnifiques, comme manger du miel ou danser avec un ours... Toutes sortes de questions vous assaillent : heureusement, vous avez le temps d’y trouver les réponses ; même si l’une d’elle n’en trouve désespérément pas : comment peut-on avoir pour vocation de devenir un allumé en survêtement ? Se sont-ils écriés un jour : « j’ai trouvé un sens à ma vie, je vais faire courir des gens en rond dans une salle où l’eau tombera du plafond, je serai le Roi des vestiaires collectifs, le maître du sifflet, c‘est ma vocation, mon rêve !!!» ? Vous ne serez jamais en mesure de comprendre. Vous perdez un temps précieux, enfermé dans cette prison, dans cette cage, dans cet Enfer auquel il ne manque plus que l’Achéron… Bref, vous êtes en train de dépérir…

Un coup de sifflet retentit. Comme si cela ne suffisait pas, il reste une ultime partie à votre calvaire : les matchs. Naturellement, vu votre enthousiasme débordant, personne ne souhaite faire équipe avec vous. Vous êtes un boulet (n’ayez plus peur : moi aussi ! ). Passage oblige, vous devez cette fois enfiler un dossard aux couleurs encore plus fluorescentes que les survêtements. C’est l’apothéose, le paroxysme de l’ennui, vous êtes au bord de la déchéance et de l’agonie. Heureusement pour vous, entre deux matchs, fatigué d’avoir couru derrière vos « coéquipiers » (dans le même sens qu’eux, pour donner l’illusion d’être dans le jeu), vous pouvez vous reposez quelques minutes sur des matelas plus ou moins confortables, avant de repartir.

Coup de sifflet fatidique. Il ne vous a pas surpris : cela fait deux ou trois longues minutes que vous l’attendez, suivant l’évolution du temps sur le cadran géant. A son tour, la sonnerie retentit, la même qu’il y a deux heures - ou plutôt qu’il y a onze heures (le doute persiste), et pourtant, sous ses airs de glas mélancolique vous lui trouvez un air de liberté. La liberté… parlons en : elle est au bout de la porte… Vous titubez de bonheur ; quatre mots vous font pourtant trembler : « A la semaine prochaine »…

 

Amélie.

Commentaires

Ca c est que j'appelle un moment de plaisir a lire.... no comment! Bref alors la j'ai quand meme des phrases culte: danser avec un ours (???) ;je serai le Roi des vestiaires collectifs, le maître du sifflet, c‘est ma vocation, mon rêve !!!! . Enfin bref sasn oublier les vestiares qui sentent l'urine parce que oui ca existe!! Enfin moi je me suis super bien marré!
Merci!

Ecrit par : malicia | 25.02.2008

Pavé, césar. Ceux qui n'ont pas lu te saluent.

Ecrit par : Noel | 25.11.2008

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