20.10.2007
Le Darfour, terre promise de la violence ignorée
Au Sud du Sahara existe une région grande comme 4 fois et demi la France métropolitaine et qui s’étend des montagnes de Nuba, au centre du Soudan jusque derrière la frontière tchadienne. Cette région, le Darfour, est aujourd’hui le lieu d’affrontements de populations qui s’opposent sur trois registres : musulmans et chrétiens, arabes et africains et nomades et sédentaires. L’origine de cette catastrophe se trouve au Soudan à la fin des année 80.
Après le coup d’Etat des Frères Musulmans, en 1989, le Soudan s’est vu imposer la Charia (loi de l'Islam qui réglemente la vie quotidienne des musulmans). Celle-ci, modifiée par le régime autoritaire en place durant les années 90, a fini par instaurer une véritable ségrégation dont les noirs, les chrétiens et les animistes étaient les victimes. L’esclavage a, par exemple été à nouveau autorisé. La guerre civile, qui luttait déjà contre le précédent pouvoir islamique, s’est alors intensifiée. Des représailles violentes ont alors débuté sous l’égide du gouvernement du général El-Béchir, s'appuyant sur les tribus musulmanes "arabes" pour massacrer les tribus "africaines" contestataires du Sud du pays, par le biais des milices comme les janjaweed (hommes armés à cheval). Des millions de réfugiés ont alors entamé un exil vers le Darfour, à l’Ouest, pour rejoindre le Tchad. D’immenses camps de réfugiés se sont alors formés de part et d’autre de la frontière et sur toute la région du Darfour. En Février 2003, la guerre civile s’est entièrement déplacée vers l’Ouest du pays et les violences se sont faites plus brutales, ponctuées de phases d’espoir et de retour aux options militaires et paramilitaires. La notion de génocide s’est alors greffée sur le conflit. En effet, depuis 2003, plus de 4 millions de personnes ont été déplacées, 500 000 ont dû fuir le plus grand pays d’Afrique dans les camps de réfugiés de l’Ouest, près de 300 000 sont morts et on dénombre presque 10 000 nouvelles victimes par mois. A cela s’ajoute le préjudice moral des populations autochtones dont on peut apprécier l’ampleur en écoutant les atroces témoignages de femmes surtout sur les crimes de guerre, courants dans cette région qualifiée d’ « enfer sur Terre » par le précédent secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.
Les forces de l’Union Africaine (UA) et celles de l'ONU, chargées d'installer la paix dans cette région, sont inefficaces car elles manquent d'équipement, comme notamment des hélicoptères d’attaque. La compétition pour l’eau ainsi que la méthode de la terre brûlée utilisées par les milices arabes donnent une nouvelle dimension à la crise car elles engendrent des déplacements de populations, là ou l'avancée du desert rend les frontières incontrôlables. Il y a donc un risque que ce conflit s'étende à d'autres pays. De plus les camps d'émigrés s'étendent jusqu'en République centrafricaine qui, n'ayant pas assez de moyens ne peut rien faire pour ces personnes. Le Tchad de sont côté ne fait rien car il est déjà occupé avec ses propres rebelles. Autrement dit, aucun pays limitrophe ne peut régler cette crise. Les ONG elles sont impuissantes car les routes et les voies de circulation du pays sont trop dangereuses. L'ONU ne peut rien faire car la Chine et la Russie sont alliées au Soudan pour son pétrole ; les deux pays siégeant au conseil de sécurité de l'ONU, aucune force internationale ne peut intervenir. Si personne ne fait rien, la crise peut continuer à s'étendre dans d'autres pays, elle est en train de grandir. La Russie et la Chine vont-elles cesser de soutenir le régime Soudanais ? Cette question est importante car avec la fin de ce soutien, l'ONU pourrait enfin intervenir efficacement.
Le conflit dans le Darfour n’est pas un conflit racial entre milices « arabes » et tribus « africaines ». Mais un conflit entre des tribus arabisées, que le mode de vie a toujours tantôt rapprochées, tantôt opposées, et dont certaines sont aujourd’hui instrumentalisées par Khartoum.
Le 16 avril 2007, le Soudan a accepté la phase II du plan de l'ONU prévoyant à terme le déploiement d'une force internationale hybride placée sous l'égide de l'Union Africaine (UA) et de l'ONU, ainsi que l'envoi de 3 000 personnels de l'ONU en soutien de l'actuelle force de l'Union Africaine (AMIS) d'ici fin 2008.
[Alois & Virgil]
21:10 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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